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28/03/2012

Quand la CIA droguait des citoyens américains

Le quotidien San Francisco Chronicle raconte cette nuit de 1957, lorsque Wayne Ritchie, un ancien gardien de prison, absorbe sans le savoir du LSD. Il est drogué à son insu et, perdant tout sens de la réalité, braque un bar. CIA.jpg

Cette nuit-là, précise le site d'information Slate, Wayne Ritchie est victime d’une opération de la CIA (services secrets américains) qui testait secrètement des substances psychotropes sur la population américaine depuis le lancement au début des années 50 du projet MK-Ultra.

 

C'est sous l'impulsion du directeur de la CIA Allen Dulles que ce vaste projet est mis en place dans le plus grand des secrets. La CIA espère alors développer des techniques --comme celles supposément expérimentées par l'URSS et la Chine sur des prisonniers américains lors de la guerre de Corée-- de "contrôle mental" destinées à influencer les comportements grâce à des psychotropes comme le LSD ou la mescaline.


Finalement, ce n'est qu'en 1974, soit plus de vingt après les faits, que l'existence de ces tests effectués sur la population américaine est révélée au grand public par le New York Times. Quelques mois plus tard, une commission d'enquête est ouverte par le Congrès, qui révèlera officiellement que la CIA et le département de la Défense avaient bien conduit des expériences sur des sujets humains, avec ou sans leur consentement.

En 2010, le gouvernement américain publiait un mémo de 17 pages daté de 1977 et évoquant les expériences de contrôle mental menées par le Pentagone et la CIA sur le territoire américain entre 1947 et 1973. Cependant, jusqu'à cet article du San Fransisco Chronicle, la plupart des enquêtes évoquant la façon dont la CIA avait drogué ses propres citoyens se focalisaient surtout sur New York City. cia-wallpaper.jpg

Or "des documents déclassifiés récemment, des interviews, et le journal d’un agent secret obtenu par les archives de l’université de Stanford éclairent d’une lumière nouvelle l’étendue des opérations menées à San Francisco", explique le quotidien local.

Opération "Orgasme de minuit" à San Fransisco

Selon Slate les spécificités de l’opération menée à San Franciso tiennent notamment à la personnalité de George H. White. Cet agent secret de la CIA était connu pour être l’un des responsables du Bureau of Narcotics (agence américaine d’Etat luttant contre le trafic de drogue) qui avait fait les unes des journaux en démantelant des réseaux de trafic partout dans le monde.

Personne ne savait qu'il était aussi un espion de la CIA. En secret, il a supervisé pendant plus de 10 ans la branche san-franciscaine du programme MK-Ultra (qu’il surnommait "Operation Midnight Climax" ou "Orgasme de minuit").

Petit à petit, un réseau d’hôtels de passe s'est constitué. George H. White utilisait ainsi les clients des prostituées pour tester à leur insu certaines drogues. Les chambres des maisons closes étaient même équipées de miroirs sans tain et les sessions étaient enregistrées. Les tests devaient permettre de mieux connaître les effets des drogues, afin de pouvoir s’en servir comme armes dans la Guerre Froide.

"La façon dont les sujets étaient choisis variaient", raconte l’article du San Francisco Chronicle. "Pour l’une des maisons de passe, celle de Telegraph Hill, des filles ramassaient des types dans les bars et restaurants de North Beach, et les ramenaient pour faire des expérimentations et des observations. D’autres fois, White et sa femme recevaient chez eux à dîner, et les invités pouvaient être drogués à leur insu via des cocktails hallucinogènes. (…) White décrivait dans son journal la façon dont il inoculait aussi des doses d’acide à des civils sans méfiance, sur des plages, dans des bars et restaurants".

Source : La Libre - 28/03/2012

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