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05/03/2009

Suisse - Le National refuse d'invalider l'initiative anti-minarets

suisse.jpgchambres | La chambre du peuple s'est bornée mercredi (4/03/2009) à recommander le rejet du texte. Les citoyens devront donc trancher.

Le peuple doit se prononcer sur l'initiative contre les minarets même si elle stigmatise les musulmans et pose des problèmes juridiques. Fort de cet avis, le National s'est borné mercredi à recommander le rejet du texte. Au dam de la gauche, qui voulait le déclarer nul.

Reflet de la charge émotionnelle du sujet, une quarantaine d'orateurs se sont succédés à la tribune pendant plus de cinq heures. Le débat a vite tourné en rond, partisans et opposants campant sur leurs positions et répétant à l'envi les mêmes arguments sous une forme ou une autre.

Minaret.jpgSans surprise, l'initiative populaire lancée par des membres de l'UDC et de l'Union démocratique fédérale (UDF) n'a pas trouvé de soutien au-delà de ces partis. La Chambre du peuple a suivi le gouvernement en optant au final pour le «non» sans contre-projet, par 129 voix contre 50.

La suite de l'article :

- Islamisation à stopper  ?

- Pour les mosquées, mais sans minaret ?

- Menace d'instrumentalisation ?

- Valable mais inapplicable ?


Islamisation à stopper

La droite dure conservatrice n'a eu de cesse de marteler son message: les minarets participent d'une «islamisation rampante» de la Suisse. En interdisant leur construction, on donne un «signal fort» contre cette tendance et contre l'intolérance du monde musulman, a fait valoir Hans Fehr (UDC/ZH).

La St-Galloise Jasmin Hutter s'est montrée tout aussi virulente en s'inquiétant de la condition des femmes et des cas d'application de la charia hors de pays musulmans. Les démocrates du centre, pourtant opposés au partenariat enregistré pour les personnes de même sexe, ont également appuyé leur plaidoyer sur la situation des homosexuels, vue par l'islam.

Pour les mosquées, mais sans minaret

Le parti s'est toutefois voulu rassurant: il s'agit de combattre les minarets en tant que symbole de domination, et non de contester le principe de la liberté religieuse. Les quelque 350 000 musulmans de Suisse peuvent très bien exprimer leur foi dans des mosquées sans minaret.

La riposte ne s'est pas fait attendre: «La première initiative acceptée par le peuple, sur l'abattage rituel, était antisémite. A l'époque, au 19e siècle, les partisans ont affirmé ne pas être contre les juifs, mais pour les animaux. C'est la même chose aujourd'hui», leur a répondu Josef Lang (Verts/ZG). «Après les musulmans, qui seront les suivants ?», se sont interrogés Andy Tschümperlin (PS/SZ) et Jacques Neirynck (PDC/VD).

Menace d'instrumentalisation

Tant la gauche que la droite modérée, y compris les formations se réclamant des valeurs chrétiennes comme le PDC et le Parti évangélique, n'ont pas ménagé leurs efforts pour mettre en garde contre le risque d'alimenter le fondamentalisme par le fondamentalisme et d'attiser la haine religieuse. La Suisse a plus à y perdre qu'à y gagner: cette initiative ternit son image et ne permet ni d'éviter les excès ni de se prémunir contre le terrorisme, au contraire.

Ce texte crée une fausse impression de sécurité et détourne l'attention des améliorations nécessaires, notamment dans le domaine de l'intégration, a renchéri Barbara Schmid-Federer (PDC/ZH). Un scepticisme partagé par Christian Wasserfallen (PLR/BE): on doit être critique à l'égard de l'islam, mais les revendications des partisans de l'interdiction des minarets relèvent du droit des constructions, et non de la constitution.

Valable mais inapplicable

L'initiative sera par ailleurs difficile à concrétiser, celle-ci violant plusieurs droits fondamentaux ancrés dans la constitution et les conventions internationales. Pour la gauche, soutenue par une poignée de représentants du centre, la conséquence à tirer aurait donc été de l'invalider.

Le Conseil fédéral a renoncé à déclarer le texte nul par «opportunisme politique», a critiqué Andreas Gross (PS/ZH). D'après lui, le gouvernement a minimisé à dessein la notion de violation du droit international impératif, condition nécessaire en l'état pour qu'une initiative soit considérée comme non valable.

Malgré des réserves formelles, le camp bourgeois a refusé de le suivre sur ce point par 128 contre 53. Le dossier passe au Conseil des Etats.

 

Source : ATS et  24 heure – Journal suisse – 4 mars 2009

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